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Documentaire-Fiction | 1994 | 64 mn | couleur | 16:9 | VOST

Ce film iconoclaste, entre fiction et documentaire, explore Jérusalem, la ville sur-sacralisée. Enjeu politique pour ses habitants, mythe pour ses visiteurs, Jérusalem reste l’objet d’une convoitise universelle, proche du fétichisme. Inspiré du Syndrome Jérusalem, syndrome psychiatrique officiellement répertorié au XIXme siècle, qui atteint les pèlerins et les touristes en visite dans la Ville Sainte. Une caméra parcourt Jérusalem à la recherche d’un regard nouveau. Parrallèlement, un garçon erre la nuit dans les rues et, un soir, découvre une prostituée aux seins dorés. Le garçon comme la caméra seront victimes de cette Jérusalem à la violente féminité.

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Ce film iconoclaste, entre fiction et documentaire, explore Jérusalem, la ville sur-sacralisée. Enjeu politique pour ses habitants, mythe pour ses visiteurs, Jérusalem reste l’objet d’une convoitise universelle, proche du fétichisme. Inspiré du Syndrome Jérusalem, syndrome psychiatrique officiellement répertorié au XIXme siècle, qui atteint les pèlerins et les touristes en visite dans la Ville Sainte. Une caméra parcourt Jérusalem à la recherche d’un regard nouveau. Parrallèlement, un garçon erre la nuit dans les rues et, un soir, découvre une prostituée aux seins dorés. Le garçon comme la caméra seront victimes de cette Jérusalem à la violente féminité.

 

AUTOUR DU FILM

Au début du siècle, des médecins ont signalé une forme spécifique d’hystérie qui touche les pélerins en visite dans la Ville Sainte : la “fièvre jérusalémienne”. Ce syndrome est peut-être la vérité profonde de cette ville.

"Jérusalems, le syndrome borderline" analyse le rapport souvent irrationnel que peuvent entretenir des hommes et des femmes avec un objet, une image, un symbole. Dans la nuit, un enfant erre dans les rues de Jérusalem, à la recherche d’une femme aux seins dorés qu’il a entrevue une fois.

Parallèlement, la caméra, personnage à part entière, interroge la réalité quotidienne d’une ville divisée. Se heurte aux frontières invisibles et prise par l’angoisse de filmer le déjà-vu mille et une fois, tente, sans vraiment y parvenir, d’échapper au syndrôme de Jérusalem.

Syndrome Jérusalem : Syndrome psychiatrique, officiellement répertorié au 19e siècle et qui atteint les pélerins et les touristes dans la ville sainte.

C'est un film iconoclaste entredocumentaire et fiction qui fouille de l'intérieur une ville sur-sacralisée. Mythe pour la population éphémère des touristes et pèlerins, enjeu  politique pour la population permanente, Jérusalem n'est-elle qu'un syndrome ?

Une caméra parcourt la ville à la recherche d'un angle nouveau. Parallèlement, un garçon erre la nuit dans les rues et découvre un soir une prostituées aux seins dorés.

La caméra est à  son tour victime de Jérusalem, à la féminité violente, et objet d'une convoitise perverse et universelle, le fétichisme.

Quelques Notes sur le film... D’après Dan Dulberger

Chaque guerre investit un certain nombre d’objets, de signes, de lieux et leur donne une importance qui n’est pas nécessairement porportionnelle à leur valeur, à leur usage originels. Investis de la sorte, ces fétiches sont comme autant de récipients irrationnels qui attirent et recueillent les obsessions et les heurts inévitables entre chaque génération des parties en conflit.

Jérusalem est (depuis toujours dans le fantasme) le fétiche en jeu dans le conflit qui oppose les cultures européenne et moyen-orientale. Alors que les tensions entre les monde musulman et (aujourd’hui judéo-) chrétien refont surface, le rôle attendu du fétiche Jérusalem est de ré-activer son influence symbolique sur la sensibilité identitaire, l’objectif et les différences mutuelles des contestataires.

Le fétiche Jérusalem est composé d’un dôme, d’un mur et d’un sépulcre. Dans ces architectures en compétition s’incarne la dynamique de leur volonté de différenciation, à travers le fantasme infantile de posséder une chose entièrement pour soi. Jérusalem - et non le fétiche - a totalement disparue derrière l’icônographie du “prix”, objet disputé.

Dans ce cadre, un film documentaire sur Jérusalem est en soi une impossibilité. Visant à une image “authentique”, dans un sens existentialiste, de ce que Jérusalem(s) “là” serait “hors de là”, le film se trouve confronté à des images manufacturées. Il ne lui reste qu’à restituer une image d’une image. Parce qu’il ne peut percer le glacis de l’image, la distinction entre image et réalité lui échappe. Le regard inquisiteur est contraint par l’image pré-existante.

Confrontée dès le départ à une représentation fétichique, et non pas à une réalité qui engendrerait l’imagination, la caméra ne peut alors que décomposer celle-ci, la dé-fétichiser. La seule liberté qu’elle possède dans une telle situation, réside dans l’acte de dé-cadrer l’image, de remonter à sa source chaotique, primitive, fugace.

C’est un acte de libération : la réalité est libérée de la tyrannie de l’image politisée.

“Jérusalem(s)” est cet effort.

La Jérusalem fantasmée est fondée sur un archétype féminin, maternel - le dôme est un sein. Il y a viol constant du symbole. Les rejetons innombrables de Jérusalem la prostituée, viennent à elle, flatteurs, pour être chacun par elle reconnu comme son seul fils. Aucun n’est l’enfant unique. Elle fut tant de fois mère... Les vivants n’ont pour elle pas grand sens. Jérusalem est une nécrocracie - une cité de la mort. Le lieu légitimé d’une catharsis irrationnelle de toutes les religions.

L’image duelle de Jérusalem - est/ouest - a de fait recouvert son propre référent. Il est aujourd’hui impossible de se forger une impression de la ville indépendamment de cette image duelle. Elle contrôle le champ de vision de la ville - elle camoufle la ville même. Grattez la surface recouverte d’un glacis doré, vous découvrirez alors l’in-visibilité.

“JÉRUSALEM(S)” par  Eyal SIVAN

 “Un air sans précédent souffle sur la ville de Jérusalem. Pour la première fois dans son histoire sanglante, la Ville pourra peut-être mériter bientôt son nom mythique et jusque là fictif de “Jérusalem, Ville de la Paix”. Le discours politique sur la Ville pourra céder la place au regard. Aujourd’hui, quand tout indique qu’elle pourra enfin retrouver une vie paisible, je l’interroge sur le mystère de l’adoration qu’elle suscite.

Plus qu’un espace physique, Jérusalem est bien souvent appréhendée comme un concept. Tout discours sur cette ville, toute observation de ce site devient un acte d’appropriation. Mais la ville, comme une femme aguicheuse, échappe à ceux qui cherchent à la posséder. Un visiteur de passage repartira avec un sentiment de satisfaction, peut-être dû à l’illusion d’avoir concrétisé un fantasme. Mais ses habitants, qui ne la considèrent pas comme un vaste lieu de culte, se savent frustrés. A l’ombre du mythe, dans le plus grand musée vivant de l’histoire, il leur est bien difficile de garder leur dimension humaine. Passionnés, ils préfèrent parfois la fuir plutôt que subir cet amour à sens unique.

C’est ainsi que j’ai quitté Jérusalem, il y a dix ans.

Aujourd’hui, je reviens à la ville de mon enfance, de ma jeunesse. La ville que j’ai fuie à la première occasion. Paysages que j’ai quittés sans hésitation. Sites que j’ai laissés sans remords. Souvenirs abandonnés. Etres oubliés.

Je concrétise un fantasme, un acte qui n’est possible que par le biais du cinéma.

Je laisse Jérusalem raconter elle-même l’amour irrationnel que lui porte l’humanité, par le biais d’images d’archives et de tournage au présent. Jérusalem est une femme couchée sur le divan dans un cabinet de psychanalyste.

Prise par l’angoisse à l’idée de filmer le déjà-vu, mille et une fois, la caméra tente d’échapper jusqu’à la dernière scène au destin qui la tire irrésistiblement vers ce divan.

Montrer sa propre ville, lorsqu’il s’agit d’une ville comme Jérusalem, s’il en existe d’autres, c’est montrer un objet d’adoration et de culte. Ni un film touristique, ni un exposé historique, non plus une enquête politique, mais un film tourné à partir de la Ville. La mémoire du regard d’un enfant habitant la Ville, un regard ni trop rapproché, ni trop distant, ni trop chaud, ni trop froid, sans cynisme, un film avec un léger sourire. La recherche présente d’un adulte sur le contre-champ.

D'Est en Ouest, elle est observée. Elle est en possession de tout le monde. Sa photo, comme celle d’une épouse ou une mère disparue, est accrochée sur un mur, partout dans le monde.

Elle avait trois amants. Le premier a amené son fils à l’abattoir; elle est restée silencieuse, complice. Le deuxième fut torturé, crucifié et son sang a coulé sur elle ; elle est restée imperturbable. Le troisième l’a quittée sur un cheval blanc, il est monté au ciel. Puis ses seins furent peints en or.

Trois enfants, d’un père inconnu et resté invisible, indescriptible, pourtant omniprésent, l’ont désignée comme mère.

 “Comment es-tu devenue pute, citée fidèle, abris de voleurs et d’assassins ?” scandait le prophète Isaï. Le roi Salomon, auteur du Cantique des Cantiques, admirait son physique. Elle n’a cessé de se transformer, calme et dorée, fière et solitaire - dix-sept fois violée, vingt fois ravagée, puis rebâtie, revêtue, toujours plus imposante, plus belle, plus courtisée. “Conquérons-la”, lançaient les Croisés, “C’est sur elle, en la possédant, que nous serons délivrés.”

Je l’ai vue.

Un jour, au détour d’une petite ruelle, par une fenêtre grillagée, dans une pièce voûtée, gisait sur le lit, le corps usé sous les traces d'un maquillage autrefois somptueux, une grosse femme aux seins dorés.

Penser un film de plus sur ce lieu, sur ce territoire géographique, sur ce paysage, sur cette ville qui n’existe peut-être que sur les cartes postales. Penser qu’il est possible d’ajouter encore une image sur cette citée de tous les clichés. Démarche oppressante.

Jérusalem, ville des histoires symboliques, ville de fous, ville du kitsch, nécropole des passions. Je reviens à Jérusalem pour trouver le chemin, retrouver le regard qui, j’espère, va m’amener à cette femme, pour briser peut-être une illusion d’enfance.
Ou peut-être pas.”

Eyal Sivan, Paris, 1994

Une violence et une tension nous indiquent que nous sommes bien à Jérusalem.
Nouvel Observateur
Métaphore ironique autour d'une ville écrasée par un destin fou.
Le Monde
La Jérusalem de Sivan est l'objet d'une quête, sinon elle-même insane, du moins intensément profanatrice. La crudité du regard d'Eyal Sivan en fera frémir plus d'un. Son portrait d'amour et de haine, entre attraction et répulsion vaut (pourtant le détour), ne serait-ce que parce qu'il prend la liberté de s'ériger contre le cliché spirituellement correct de "ville sainte".
Tribune Juive