Le procès extraordinaire d’un homme effroyablement ordinaire. Réalisé exclusivement à partir des 350 heures d’images inédites enregistrées lors du procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem, en 1961, ce film sur l’obéissance et la responsabilité dresse le portrait d’un spécialiste de la solution des problèmes, un criminel moderne.
Un spécialiste est un drame judiciaire qui dresse le portrait d’un bureaucrate zélé respectueux de la Loi et de la hiérarchie, un fonctionnaire de police responsable de l’anéantissement de plusieurs millions de personnes, un criminel moderne.
Loin du personnage de pervers sanguinaire, de menteur machiavélique ou de serial killer que veut décrire le procureur, l’accusé apparaît comme un père tranquille, à la fois comique et terrifiant. S’il ne nie pas son rôle dans l’industrie du crime à laquelle il a appartenu, il s’abrite derrière les instructions de ses supérieurs, son serment de fidélité et l’obligation d’obéir aux ordres.
Il estime que son rôle d’exécutant, purement administratif et logistique, dénué de toutes passions, le met à l’abri de la justice des hommes, même s’il ne l’exonère pas de toute responsabilité.
L’accusé, Adolf Eichmann, est un homme de taille moyenne, la cinquantaine, myope, presque chauve et affublé de tics nerveux. Tout au long de son procès, il est assis dans un box de verre, entouré de documents soigneusement empilés qu’il annote, relit et feuillette inlassablement. Expert en émigration, spécialiste de la “question juive”, responsable du transport des “déportés raciaux” vers les camps nazis entre 1941 et 1945, il décrit son travail avec une précision bureaucratique étouffante. Face à la cour et aux victimes rescapées de l’enfer qui se succèdent à la barre des témoins, il reconnaît avoir fourni aux usines de la mort le contingent humain à détruire. Il s’évertue à exposer le conflit entre son devoir professionnel et sa conscience humaine et insiste sur le fait que personne ne peut lui reprocher d’avoir mal fait son travail.
Enivré du vertige de sa propre impuissance, l’accusé se décrit comme “une goutte dans l’océan, un instrument dans les mains de forces supérieures”. S’il ne l’avait pas fait, dit-il, un autre l’aurait fait à sa place.
Le contraste entre la monstruosité du crime et la médiocrité de l’accusé frappe au premier regard et plus encore à mesure que se succèdent les treize scènes qui composent ce long-métrage documentaire, dévoilant le portrait d’un homme effroyablement ordinaire.
Un spécialiste - Le procès extraordinaire d’un homme effroyablement ordinaire. Réalisé exclusivement à partir des 350 heures d’images inédites enregistrées lors du procès spectaculaire du criminel nazi Adolf Eichmann, qui eut lieu à Jérusalem en 1961. Ce film sur l’obéissance et la responsabilitédresse le portrait d’un spécialiste de la solution des problèmes, un criminel moderne.
Pour toutes les questions qu'il pose, Un spécialiste est un film indispensable, une œuvre à épousseter les consciences.
Eyal Sivan esquisse en creux une réflexion magistrale sur le savoir-désobéir comme composante essentielle de notre humanité.
Un spécialiste est une réflexion exemplaire sur la banalité du mal absolu.
Saisissant, terrifiant.
Un spécialiste est un essai philosophique qui montre à l'évidence que le cinéma peut être aussi un outil de la réflexion et pas seulement un véhicule d'émotions. Plus qu'à un devoir de mémoire, c'est à un devoir de pensée que nous appeIlent Rony Brauman et Eyal Sivan qui veulent sortir de l'opposition affective boureau/victime pour nous conduire à considérer ce qu'Hannah Arendt a appelé "la banalité du mal". (…) ils revendiquent le plein exercice de l'intelligence pour révéler les structures profondes dans l'esprit humain et dans les sociétés modernes.
Il faut voir Un Spécialiste de Rony Brauman et Eyal Sivan. Le voir, et en débattre.
Un film (philosophique) de la famille des films sans famille qui inventent une forme nouvelle de pensée de l'Histoire à un moment clé de celle-ci.
N'hésitons pas à le dire, Un spécialiste est peut-être le film le plus important qu'on ait fait sur la "mécanique" hitlérienne.
Grimme-Preis, Allemagne 2001